Il y a quelques années, je me rendais régulièrement dans un quartier particulier : le Plateau. Je parle du Plateau originel, pas celui qu’on connait aujourd’hui. Les commerces d’aujourd’hui n’ont aucun rapport avec ceux de l’époque. Malheureusement, Radio-Canada a un jour débarqué au Porté Disparu qui a aussitôt disparu. Tant qu’à tout dénaturer, autant fermer, ou mieux : vendre à gros prix à un anglophone, un Libanais anglophone (j’ignorais que ça existait). Il a foutu le bordel pour ensuite fermer la baraque. Pas grave, entretemps il avait obtenu sa citoyenneté. Dès que l’attrait du Plateau fut connu, les gros sous arrivèrent, achetèrent tout, imposèrent leurs mœurs. C’est ça la gentrification. C’est un mot anglais que nos sociologues emploient à satiété. Ça vient de «gentry», petite noblesse. Je pourrais parler d’embourgeoisement, mais les mots français, dans l’esprit de plus en plus de gens, ne valent pas leurs équivalents anglais.
Les habitants, devant la hausse des prix du logement, levèrent les feutres. Bref, à coup de centaines de milliers de dollars, les bien nantis, attirés par l’originalité et l’authenticité du Plateau, ont eux-mêmes détruit ce qui faisait du Plateau ce qu’il était. Maintenant, c’est autre chose. L’humain est ainsi fait. Attiré par une jolie forêt, il abattra les arbres pour y construire sa demeure, celles de ses enfants et celles de ses amis. Ensuite ils parleront d’une forêt mythique qui existait sans qu’on se souvienne exactement où elle était.
Aujourd’hui, c’est au tour des anglophones (j’inclus les allophones qui s’estiment eux-mêmes anglophones) d’être attirés par le Plateau. Au début, ils s’adressaient aux locaux en français, mais ont vite constaté que ce n’était pas nécessaire, qu’on leur répondait avec enthousiasme dans leur langue, ils ne font plus cet effort, reviennent avec leurs amis pour vivre leur « montréalité » de l’autre côté de St-Laurent. D’ailleurs, les commerçants n’embauchent plus des employés unilingues, à moins qu’ils ne soient anglophones. Je constate la même chose qui se passe sur la rue St-Denis, dans le Quartier Latin, chez Archambault Musique… etc. Encore une fois, ceux qui investissent des lieux authentiques banalisent ces endroits.
Alors pensez-vous, je ne suis pas surpris d’apprendre que celui qui gère nos fonds de retraite ne parle qu'anglais. Je ris en voyant ces gens se choquer de la chose, ceux-là mêmes qui rampent devant le « fait anglais». Imaginez quand le Plateau sera envahi par les Torontois venus en TGV pour visiter ce lieu mythique. Ils regarderont les noms de rues en français et diront « This is so cute! ».
Des mots écrits
Je suis allé au Salon du livre. J’y vais rarement, car tout ce qu’on peut faire avec un livre c’est de le lire et vous vous doutez qu’au salon du livre, on ne lit pas, on regarde les couvertures. Erreur, on peut faire plus, on marche, on observe Georges Laraque qui signe ses livres à de jeunes adolescentes toutes rouges, on repère Denise Bombardier, seule dans son coin et Michèle Richard racontant des menteries à je ne sais qui.
Moi je cherchais quelqu’un ayant publié un « témoignage ». Son éditeur est tellement modeste que son présentoir affichait : « Association des éditeurs indépendants ». Après plus d’une heure de recherche, j’ai trouvé l’emplacement et l’auteure, une connaissance, était là. J’étais son premier lecteur à acheter son livre. Elle m’a dit que je lui porterais chance. Pas certain! Je doute qu’elle vende plus de quelques dizaines d’exemplaires. Comment un éditeur aussi peu connu peut-il « placer » les livres de ses auteurs sur les tablettes des libraires, à bonne hauteur? Plusieurs écrivains en herbe croient que la mission est remplie dès que le livre est publié. Rien n’est plus faux. Il faut le vendre ce livre. Pas facile ça! Après avoir fait le tour de la parenté et des amis, qui voudrait bien dépenser 25$ pour un petit livre? On peut en acheter tant qu’on veut pour une fraction du prix chez les bouquinistes. On peut les emprunter à la bibliothèque, à des "amis", à ce sujet, un conseil: ne prêtez pas vos livres, ils ne reviennent pas. De toute façon, il n’y a que les dinosaures qui lisent, les autres twittent, pitonnent, textoient, bloguent, forument, facebookent… etc. En me rendant au Salon du livre, j’ai croisé tellement de gens occupés à texter ou Iphoner qu’on aurait dit des autistes technologiques! Chacun était dans sa bulle. En même temps, il y a foule au Salon du livre… Où sont ces gens quand vient le temps de protéger leur langue? Où sont ces gens quand vient le temps de parler leur langue? Vivent-ils sous terre?
Il y a tant de gens qui publient, c’est étourdissant. On m’a déjà dit que sur Terre, il se publiait 5000 nouveaux titres par jour! 25,000 au bout de la semaine, 1,825,000 à chaque année et pour contrebalancer, j’ai parlé à un imprimeur qui publie des livres à l’unité. Il m’a montré quelques produits finis, très impressionnant (sans jeu de mots). Cette entreprise,
http://www.bouquinplus.com/ publie des livres à la demande à un prix très raisonnable. Ça vaut la peine de visiter leur site. Plutôt qu’imprimer 500 ou 2000 exemplaires d’un livre que personne n’achètera, vaut mieux n’en publier un seul et l’offrir à quelqu’un ou mieux, le léguer à sa mort et faire de ce legs une lecture obligatoire avant de toucher au reste de l'héritage! L’idée est bonne.
J’aurais d’autres bêtises à écrire, mais je dois ramasser des feuilles, des vraies. Je vous laisse.
Accent Grave