Accent Grave

Élucubrations d'un promeneur solitaire.

Ma photo
Nom : Accent Grave
Lieu : Beloeil, Québec, Canada

Allez savoir!

samedi, avril 26, 2008

Saint-Graal et histoire populaire


Je lis que l’église serait la gardienne de la moralité, tout en étant la plus immorale des institutions. L’humanité a-t-elle vraiment besoin de cela? On s’en remet à d’autres, « mieux placés » pour se rassurer, pour mieux s’élever soi-même (sic). On s’accroche à n’importe quoi, l’important étant de croire en quelque chose. Il faut donner un sens à nos existences. On ne fréquente plus tellement les églises, mais d’autres alternatives, moins compliquées que les religions, peuvent assouvir ce besoin.

L’adoration, l’idolâtrie, la vénération et le décorum sont des éléments indispensables à la mise en scène visant à mettre le peuple à genoux ou à tout le moins de l’occuper en le divertissant. Le Québec, depuis quelque temps, a remisé le bleu azur et le lys. Il se pare de Bleu-blanc-rouge. Nous ne faisons pas dans la demi-mesure. On se prosterne devant la Sainte flanelle, emblème du Club de Hockey Canadien (de Montréal) dont le rouge prédomine. Pourquoi le rouge? À cause de l’allégeance envers la couronne d’Angleterre. Eh oui! Néanmoins, le Bleu-blanc-rouge rappelle aussi l’origine française des joueurs.

De la politique? De la religion? Évidemment! Le sport professionnel CE N’EST QUE CELA! Fait-on jouer un hymne national avant la représentation d’un film ou d’un concert? Il est curieux de constater que tant de fans refusent obstinément de mêler « sport et politique » alors qu’on est prêt à tout pour honorer un drapeau, et là quand je dis TOUT, c’est TOUT. Il y a de ces mystères…

Ce club de hockey fut fondé il y a cent ans par des Irlandais et des Canadiens francophones qui se voyaient exclus des grands clubs (O’Brien propriétaire, Laviolette organisateur). Notez que si on a permis la naissance de ce club majoritairement francophone, c’était pour attirer plus de spectateurs à l’aréna Jubilée. À l’époque, le terme Canadien (prononcé Canayen) signifiait « Canadien-Français » dont l’équivalent actuel équivaudrait plus ou moins à « Québécois », notez l’importance des guillemets, les Anglo-Québécois se considèrent Canadiens.

Au cours de son histoire, pendant quatorze ans, le club aurait été la propriété d’un regroupement de francophones (Dandurand, Létourneau et Cattarinich !) mais en général, les anglophones empochaient, dirigeaient et les francophones suaient. Peut-être est-ce pour cette raison que ce club constitue l’un des seuls terrains d’entente entre les deux communautés, les rôles étant restés les mêmes, le grand patron est américain!

Malgré tout, les Québécois se sont toujours reconnus dans ce club. On aime les martyres, ça fait de bons héros. Des événements menèrent à diverses manifestations tantôt brutales tantôt joyeuses. Aujourd’hui, il en va autrement des joueurs francophones qui sont très peu nombreux à Montréal et qui semblent préférer jouer dans d’autres villes. C’est plus payant et le sens du sacrifice se perd (sic). Néanmoins, parler de « temple » lorsque l’on se réfère à l’amphithéâtre où se jouent les parties n’est pas exagéré. Il faut un lieu pour se recueillir et manifester sa foi, peu importe la réelle signification des emblèmes. J’ai comme souvenir ces autochtones guatémaltèques pratiquant des sacrifices d’animaux dans leur église catholique, un mélange des genres.


Personne ne me fera donc croire que les porteurs de drapeaux sont des amateurs de ce sport, ce sont des pèlerins, parfois des croisés. La quête ultime est celle de la coupe Stanley, notre St-Graal. Tout le monde veut ça. Certains pour leur fierté, d’autres pour le fric. Quand on regarde ce qui se passe sur cette terre, on retrouve ça partout. Il en va ainsi dans tous les pays. Lorsqu’un club sportif remporte un championnat quelconque, les locaux ont l’impression qu’une sorte de gloire rejaillit sur eux. Admirez-vous les citoyens de New York parce que les Yankees ont remporté plus de championnats que toute autre équipe sportive?

Cette question est existentielle, perverse. Je suis d’accord avec vous. On a le droit d’être fier. On a aussi le droit d’aimer le sport même si ce n’est que pour le regarder et de s’en divertir. Mais de là à en faire une religion. De là à briser les vitres d’une voiture pour s’accaparer du ridicule fanion fixé à cette dernière, de là à brutaliser un amateur qui porte le maillot de l’équipe adverse, de là à devenir morose parce que votre équipe, constituée de joueurs qui hier encore jouaient pour l’équipe adverse, vient de perdre, de là à… je vous laisse continuer.

Ce que j’observe autour de moi dépasse l’expression d’un divertissement, c’est la pratique orthodoxe d’une religion saisonnière. Admettons que cette pratique dépasse largement celle que l’on reproche à certains groupes religieux. Le port de la burka est décrié, si cette dernière était découpée dans une étoffe aux couleurs du Club de Hockey Canadien, ne serait-elle pas applaudie? Très certainement.

Je pourrais vous conseiller d’aller patiner ou de jouer au hockey dans la rue, c’est plus sain. Vous pourriez aussi vous balader dans votre quartier lors du prochain match, il n’y a personne dehors. Vous pourriez même y aller sans vêtements, personne ne vous verra (dommage?). Allez à
l’urgence de l’hôpital, il n’y a personne pendant les joutes. Payez-vous un smoked meat chez Shwartz, seul moment où il n’y a pas de file à l’entrée.

Je ne vous conseille rien, ce serait inutile. Je sais que vous vous installerez devant votre téléviseur (religion cathodique oblige), que vous commanderez une pizza ou des ailes de poulet, vous déboucherez une bière et hurlerez « We are Number One » dès que vos « glorieux » marqueront un but. Je vous connais, derrière tout blogueur se cache un fanatique du tricolore.

Bon ben, bonne joute! Ne cassez pas tout et si les « Habitants » perdent, ne battez pas votre conjointe, elle n’y est pour rien, allez plutôt brûler un lampion pour la saison prochaine.

Accent Grave

Libellés : , , , , ,

15 Comments:

Blogger Renart L'éveillé said...

Brillant!

Et le pire, étant anti-hockey généralement (j'ai suivi un peu les séries quand le CH a gagné la coupe Stanley la dernière fois, et quelques années quand ils ont été forts en séries, sinon, ça me passe six pieds par dessus la tête!), je me suis fait happer par la fièvre actuelle! C'est un sacré bon spectacle!

Pour le reste, la parallèle avec la religion, le nationalisme (l'absurdité des hymnes nationaux — en plus dans les parties d'une ligue qui regroupe seulement deux pays...), est tellement juste.

Lecture à conseiller, ce qui est fait!

avril 26, 2008 1:22 PM  
Blogger Zed Blog said...

Que voilà un billet génial. Wow. Pourquoi?

Parce qu’il est étoffé d’informations historiques signifiantes (j’ai beaucoup appris). Grâce au rapprochement absolument pertinent entre religion, (sens à sa vie faute de mieux) et certaines manières d’aborder, de vivre, le sport (plus le niveau de compétition est élevé, plus le climax approche, mis en scène par le temps, la pub, les produits dérivés, l’alcool, etc.), d’y participer (les sportifs de divan aux ailes de poulet, notamment, les casseurs de vitre, etc.).

On dit que les valeurs individuelles se perdent, que le quotient intellectuel, la capacité de raisonnement sont inversement proportionnels au nombre de personnes dans un groupe. Hhhogggh! et un bon bâton de chasse. Dans l’islam égorge toujours l’agneau, fièrement. Nos racines religieuses communes valorisent la mort, (sacrifice animal et humain) pour obtenir les faveurs de dieu. Anthropologiquement, sacrifier le plus faible renforce le groupe (génétiquement aussi), maintient la peur d’être sur la liste ou… le suivant. Coercition : se conformer pour faire partie du groupe, lire se donner les meilleures chances de survie.

Rien d’étonnant à ce que tant de femmes se rangent derrière les hommes aux propos ou actes violents, encore aujourd’hui. Vieilles peurs, bien actuelles, hélas souvent justifiées, encore en 2008. Très dérangeant par contre.

Bien sûr, ce sont là - tu le démontres parfaitement et avec des exemples judicieusement choisis (la burka et le drapeau en étant les symboles ultimes) - des moments privilégiés pour afficher, voir ressurgir, les valeurs sexistes et homophobes, dans notre contexte de civilisation encore patriarcal et machiste.

Que j’aime te lire, cher Accent. J’ajoute ce billet en lien sur celui contre l’homophobie chez moi : ton analyse met en place les circonstances et les conditions idéologiques de deux frères siamois : l’homophobie et le sexisme, menant jusqu’aux pires violences physiques. Dommage, 99 % des blogueurs dénonçant ces comportements sont des hommes (heureusement qu’ils existent!). Maudite peur.

Zed

avril 26, 2008 2:00 PM  
Blogger Accent Grave said...

Je ne suis pas antisportif ou antihockey, j'aime le sport, surtout sa pratique, incluant le hockey.

Mais quand on y mêle le commerce à outrance, quand on devient aveuglément partisan, quand le plaisir d'apprécier un beau jeu est remplacé par la frustration sous prétexte qu'il fut exécuté par l'adversaire, quand pour gagner on triche de mille façons, quand on abuse de l'intimidation, qu'une joute devient prétexte à se saoûler, hurler et casser, quand on fait d'une équipe un porte étendard d'une ville ou d'un pays, on ne s'appartient plus et votre idole ne vous suit plus, anyway!

Dans ces circonstances peut-on parler de sport? Comparativemnent à une soirée à s'empiffrer devant l'écran, une simple promenade dans les bois m'apparaît comme un exploit physique.

Nuançons tout de même. Une telle soirée peut être agréable, prétexte à une rencontre, si on ne perd pas le nord.

Accent Grave

avril 26, 2008 4:44 PM  
Blogger bibco said...

Cette ferveur ne pourrait-elle pas se manifester pour une cause plus noble? La politique par exemple?
Je ne suis hockey moi non plus mais j'ai souri en voyant cette fièvre dévorante chez mes élèves. Ils retiennent tellement bien quand il est question du Canadien.
Je n'ai pas poussé mon raisonnement au point de porter un chandail bleu blanc rouge mais je suis certaine que cela aurait donné des résultats positifs.
Les Québécois ont toujours aimé fêter et ceci en est une.

avril 27, 2008 10:42 PM  
Blogger bibco said...

Oups, j'écris plus vite que mon ombre...ont toujours aimé les occasions de fêter et ceci en est une.

avril 29, 2008 9:23 AM  
Blogger Zoreilles said...

Comme c'est éclairant de vous lire. Ce parallèle que vous faites entre la religion et notre sport national, c'est de la haute voltige!

Me reviennent en tête les dernières parties vues en gang, prétextes à des rasemblements d'amis un peu improvisés. Et très très animés! En vous lisant, je les vois complètement sous un autre angle et ça m'amuse... Faut dire que je ne suis pas la plus fervente mais je fais quand même ces temps-ci quelques dévotions.

Et je me demande si l'expression « Nos bras meurtris vous tendent le flambeau », est-ce que ça vient du hockey ou de la religion?

avril 29, 2008 10:41 AM  
Anonymous Cristophe said...

Tu es très inspiré entre deux match ! d:-)

avril 29, 2008 2:54 PM  
Blogger crocomickey said...

Quelles stupéfiantes suggestions : aller à l'urgence ou se procurer un smoked meat Schwartz pendant un match des Habs. Je les retiens !

avril 29, 2008 11:52 PM  
Blogger Muse said...

Le boycott a commencé par les "églises", la fréquentation a bigrement chuté; demain ce sera le tour des retransmissions des J.O de Pékin ou du sport que l'argent dévoie de jour en jour.Mais aussi des frasques politiques de nos dirigeants.
Religion catholique, religion cathodique, même combat, même défection.

avril 30, 2008 4:50 AM  
Blogger gaétan said...

Curieusement la "fièvre ne m'a pas atteint cette année. Du moins pour le moment.
Oui le hockey est une religion pour certains. Pour les fidèles, les vrais. Pas ceux qui s'intéressent aux canadiens seulement dans les séries. Mais ceux pour qui la saison débute au repêchage de mois de juin. Pour ceux qui ne retiennent des nouvelles, que ce qui touchent le hockey en général et les canadiens en particulier. Pour ceux qui trouvent plus préoccupant une série de défaites de l'équipe que la crise alimentaire par exemple.J'ai déjà été comme ça. Plus maintenant. Je n'y reconnais plus les valeurs d'avant. Je suis hors-jeu je le sais....
p.s un point que j'ai détesté cette année: le travail des médias à tenter de faire imposer Price comme le sauveur des canadiens juste avant l'échange de Huet à washington.

avril 30, 2008 7:06 PM  
Blogger Madame Poppins said...

J'ai testé les urgences un soir de St-Valentin : c'était "bien", il n'y avait personne, j'ai été prise en charge tout de suite !

Mes copains célibataires vont toujours à la piscine les soirs de match de foot : il n'y a que des femmes, les mecs sont devant la TV !

Intéressant billet, merci !

mai 02, 2008 12:47 AM  
Blogger Miss Patata said...

Accent Grave vous m'avez inspiré un billet...

mai 02, 2008 9:50 AM  
Blogger AntiPollution said...

J'ai délaissé le hockey depuis l'affaire Guy Lafleur lorsqu'il avait fait entrer un poteau de cloture dans son auto.

mai 02, 2008 12:52 PM  
Anonymous Oncle Dan said...

Il faut absolument que je retienne "religion cathodique" ;~))

mai 05, 2008 10:45 AM  
Blogger Chris said...

Bon blog! :-)

mai 20, 2008 6:05 AM  

Enregistrer un commentaire

<< Home