samedi, février 19, 2011

Horizontalité

Avec le temps, les tabous s’affaissent.

À vingt ans, il n’est pas rare qu’un président d’entreprise, un héros national, une médaillée olympique, une vedette internationale nous impressionnent à cause de l’expérience que ces gens ont pu cumuler, à cause de leur âge, de leur statut, du poste qu’ils occupent, à cause des gens qui travaillent pour eux, à cause de leur entourage, de leur popularité ou de leur fortune.

Il y a le décorum aussi. Ce décorum est tellement important pour celui ou celle qui souhaite épater la galerie. J’oserais même dire que sans décorum, parfois il ne reste plus rien. Ne généralisons pas, il y a aussi la substance, le contenu. Des hommes et des femmes sont admirés pour leur précieux savoir, pour leurs qualités réelles, pour leur talent indéniable et cela doit être reconnu. Comment?

Si j’admire certains individus, je considère que personne n’est hors de portée, qu’il est possible d’échanger avec n’importe qui, de traiter avec quiconque, peu importe son statut, pourvu que ce soit pour les bonnes raisons. En ce sens, j’ai développé une théorie qui facilite la chose : l’horizontalité. Je parlais de cela avec mon fils, ça pourrait lui servir.

Si l’on prend le cas d’une grande entreprise, quoi qu’en dise la multitude de spécialistes en la matière, nous pensons « hiérarchie ». Quelle image nous vient à l’esprit? Celle d’une pyramide. Le PDG est au sommet, ensuite il y a les VP et ainsi de suite. En bas, il y a ceux et celles qui travaillent en échange d’un salaire, souvent modeste. C’est la vie. Oubliez la multitude d’ouvrages publiés quotidiennement sur le sujet et qui suggèrent de regarder cette pyramide à l’envers, qui affirment qu’une entreprise c’est une famille (faux, la famille c’est bien pire!), que cette vue en est une de l’esprit. Oubliez tout ça, le patron est en haut et le petit salarié est en dessous, ça ne changera pas.

Ça, c’est pour l’aspect fonctionnel des choses. Je voulais traiter des relations entre individus. C’est un autre monde. Sur le plan individuel, j’aime imaginer un monde horizontal, une sorte d’échiquier infini ou chacun occupe une case, une case non spécialisée, mais une case unique. Dans la vie, l’ouvrière ne sera pas sous la férule du PDG, mais occupera sa propre case qui pourrait elle-même jouxter celle d’une grande vedette dont le rôle sera simplement différent. Sur le plan humain, personne ne se situe au-dessus ou en dessous de vous.

Personne n’est égal non plus. Vous êtes multi dimensionnels. Autrement dit, bien qu’occupant votre case, si vous êtes particulièrement talentueux ou talentueuse dans un domaine ou reconnu exceptionnel pour un aspect de votre personnalité, cela vous projettera en hauteur, cela fera votre renommée. Votre voisin pourrait aussi jouir d’un certain talent, peu importe sa profession et se projeter à une certaine hauteur lui aussi, sans écraser personne, sans s’imposer. En regardant tout autour de vous, le Monde observé sera à la fois infini, admirable et accessible. Les gens admirés pourront l’être pour les bonnes raisons, peu importe leur fortune ou leur renommée.

Avec cette vision du Monde, rien n’empêchera l’ouvrier ou l’étudiante d’échanger sans complexe avec son voisin, peu importe son statut professionnel, sachant qu’il occupe simplement une case différente de la sienne, une case dont le rôle est différent du leur. La pâtissière qui excelle dans son art sera vue avec autant de mérite. Du coup, les tabous tombent et chacun devient accessible, facilitant les rapports humains. En regardant le Monde y’a moyen de s’inclure et de n’exclure personne, il y a moyen d’admirer les gens sans perdre la raison ni sa propre identité et en évitant l’écran de fumée que plusieurs voudraient efficace.

Ce matin j’ai tenté d’illustrer une image qui me revient souvent à l’esprit, s’agissait d’une autre élucubration.

Accent Grave

29 commentaires:

Lionne a dit…

Belle réflexion, je serais cependant curieuse de connaître ce qui l'a déclenchée ?

Accent Grave a dit…

À plusieurs reprises, mon fils a raté de formidables occasions professionnelles parce qu'il n'osait pas foncer. Il s'est laissé impressionné par des gens qu'il aurait dû rencontrer, des gens qui d'ailleurs, n'auraient demandé qu'à le rencontrer. Sans vouloir étaler sa vie, cela lui a coûté au moins deux années de travail et de formidables opportunités. Dans son domaine, il est doté d'un exceptionnel potentiel mais j'ai l'impression que ce talent dort pour des raisons qui n'en sont pas.

Nous parlions de cela alors qu'il est sur le point de faire des choix. Chaque individu dispose de sa vie comme il l'entend. Je suis loin d'imposer mes vues à mes enfants, j'offre toujours mon appui mais je dois les convaincre que tout est possible, que s'ils doivent aborder les grands décideurs, il faut faire fi des tabous, des paradigmes.

Il m'arrive de croire que nous aurions tous besoin d'un agent, d'un agent expérimenté qui nous repésenterait, nous conseillerait.

Ceux qui croient aux anges gardien sont sauvés!

Accent Grave

Zoreilles a dit…

On voudrait que nos enfants puissent vivre dans un monde plus facile que ce que nous avons connu. Et sans que nous ne leur imposions nos vues, on souhaiterait qu'ils fassent les meilleurs choix pour eux, en considérant ce que la vie nous a appris.

D'un autre côté, s'ils nous consultent sans en avoir l'air, c'est que nous sommes toujours des guides, des phares qui les éclairent, des espèces d'agents qui voient en eux ce qu'eux-mêmes ne voient pas. Ils ont beau être adultes, nos actions leur parlent bien plus que nos paroles.

Puisque nous avons le même âge, regardons un peu le chemin que nous avons parcouru. Avons-nous saisi toutes les opportunités qui s'offraient, avons-nous foncé dans la vie avec tant de confiance quand nous avions cet âge-là? Pour ma part, tellement pas! Je ne regrette rien mais j'ai perdu du temps, j'ai fait de très longs détours et j'ai dit non à des choses formidables qui m'étaient servies sur des plateaux d'argent parce que je souffrais du syndrôme de l'imposteur. Mais pendant ce temps-là, j'apprenais autre chose de peut-être plus important encore et qui ne s'évalue pas...

Ce que vous écrivez dans ce billet, je le pense aussi. L'horizontalité, c'est la base de mon rapport au monde. Ça n'a pas toujours été le cas. Aujourd'hui, j'admire énormément de gens, en fait, si ma capacité d'émerveillement est restée presque intacte, plus personne ne m'intimide au point où je me sente moins ou pire que ceux et celles que j'admire. Je suis simplement unique. Et je m'en vante. Pourtant, je suis partie de rien, avec une estime de moi à moins que zéro. Donc, ça s'apprend, ça se construit.

J'aurais aimé transmettre ça mais hélas, ça doit s'apprendre en le vivant, à force d'essais/erreurs.

Lionne a dit…

Malheureusement, beaucoup de gens pleins de potentiel ont trop souvent la tendance à "voir petit". À trop pratiquer la fausse modestie, on finit par croire que l'image que l'on projette est réelle... Et je m'avancerais même à dire que c'est un "trait" de société chez nous. Je ne dis toutefois pas que c'est le cas de votre fils, je parle d'une manière générale. Malheureusement, sur quatre fils, il semblerait que je n'en ai qu'un seul qui échappe à cette règle.

Accent Grave a dit…

Zoreilles, Lionne,

Vous comprenez ce que j'écris. il y a l'intimidation et il y a cette croyance voulant que l'on considère que les gens «haut placés» sont d'une autre nature, d'une autre race. Je suis d'accord avec Lionne, au Québec ce phénomène est encore plus amplifié.

Dans le cas de mon fils, ça dépasse l'entendement!

Accent Grave

crocomickey a dit…

Mpoi ce que j'aime, c'est de rencontrer quelqu'un ou quelqu'une dans l'horizontalité et de constater que cette personne n'st pas à la bonne hauteur parce que VRAIMENT exceptionnelle. Ces rencontres sont rares, je l'admets, mais tellement plaisantes et je m'y sens alors privilégié. Voilà !

micheline a dit…

une petite phrase toujours valable:il ne faut jamais dire( ou penser) du mal de soi car les autres sont toujours prêts à vous croire.

Zoreilles a dit…

Je me mêle de ce qui ne me regarde pas mais le sujet m'interpelle vivement et pour mille raisons!

Admettons que votre fils fait le choix de ne pas tirer tout le profit qu'il pourrait de son plein potentiel professionnel pour toutes sortes de raisons qui sont les siennes. Les choix qu'il fait, est-ce qu'il les assume par la suite? Si oui, j'ai beaucoup d'admiration pour lui. Il faut être drôlement solide pour faire ça. Il fera son chemin dans la vie « à la largeur de ses épaules ». Qu'est-ce qui est le plus important pour lui, réussir sa carrière ou être heureux?

Sans doute que ce n'est pas son ambition de rencontrer ces personnes « haut placées » qui feraient la différence, d'aller ainsi à l'encontre de ce qu'il est, de subir cette pression, parce que ce n'est là qu'un premier pas qu'il refuse de faire et qu'instinctivement, il ne souhaite pas aller dans cette direction.

J'ai souvent ce genre de conversation avec ma fille. Elle sait très bien ce qu'elle veut dans sa vie, mais son drame (!) c'est que la réussite sociale et/ou professionnelle est presque toujours incompatible avec une vie personnelle heureuse et épanouie... Alors, elle néglige des opportunités, des occasions, des tremplins, des chances et elle s'investit là où c'est le plus important pour elle, ici et maintenant, dans l'ensemble de sa vie. Après, elle se tue à expliquer ses choix à contre-courant, à l'inverse de ce qui est valorisé dans notre société. Pauvre chouette, on dirait qu'elle cherche une tape dans le dos qui ne viendra jamais, une approbation de qui au juste?

Quant à ce trait de caractère répandu au Québec, (mentalité de colonisés) j'admets que je le remarque parfois autour de moi et que ça me désole, il faut lutter contre ça de toutes nos forces. Pour l'avenir de nos enfants...

Accent Grave a dit…

Croco,

Ici, le terme «hauteur» n'a rien de péjoratif. Certains parleront de «qualité». Chacun a son propre potentiel, dans un domaine ou plusieurs domaines, dans une facette de sa personalité, dans son métier... etc.

Que cela soit reconnu par les autres a peu d'importance dans un monde horizontal. Nous disons souvent: « cette personne gagnerait à être connue » mais dans la réalité, quand vous êtes en présence de cette personne, on s'en fout qu'elle soit connue en autant que vous puissiez apprécier son talent, sa vraie « hauteur ».

Des gens exceptionnels, il y en a partout, sur certains plans, peut-être sommes-nous tous exceptionnels. Les plus sages d'entre nous sauront percevoir nos points forts, nos qualités propres.


Micheline

Cette citation est une leçon. Il arrive que des gens se dénigrent eux-mêmes. C'est pire que de se sous-estimer.


Zoreilles,

Assume-t-il? J'en doute. Chose certaine, il doit faire avec. Choisir entre sa carrière et son bonheur? Y'a moyen de rater les deux! Ça s'appelle de l'autodestruction. Les exemples pleuvent autour de nous.

L'argent? Il s'en fout royalement, c'est très secondaire, pour moi aussi. Rencontrer des gens bien en vue simplement à cause de leur statut? Il n'a aucun intérêt là-dedans et je comprends très bien cela.

Accent Grave

Delphine a dit…

J'adhère à cette théorie et suis persuadée qu'elle peut faciliter les relations au quotidien. cependant, je ne suis pas certaine que la société puisse fonctionner sur cette base "parfaite", reconnaissant seulement le talent. Très vite, les intérêts (financiers, de pouvoir?) surgiront qui anhiliront cette utopie. Dommage.

Accent Grave a dit…

Delphine,

Évidemment, la société ne fonctionne pas ainsi et je suis le dernier à croire qu'elle pourrait changer. De fait, les choses sont comme elles doivent être. Je crois cela.

Dans la société, Le gros écrase le petit, le patron ordonne à l'employé, le riche marche sur le pauvre et ça ne changera pas. L'argent l'emportera toujours sur la pauvreté, la ruse sur la naïveté et la connaissance sur l'ignorance, sans parler des classes sociales.

Je traitais des relations personnelles, d'une façon de voir les autres et qui justement, permettait de faire abstraction des relations fondées sur le pouvoir, une vue de l'esprit qui favorise une approche auprès des gens, quels qu'ils soient, hors d'un contaxte professionnel et permanent. Ça fonctionne très bien, pour moi et pour bien d'autres, sur le plan personnel, pas autrement.

La plupart du temps l'argent n'est pas en cause, c'est plutôt la popularité qui impressionne les gens. Est-ce pour cette raison que tant de gens veulent passer à la télé, même s'il n'y a aucun contenu! On devient quelqu'un à partir du moment où on nous reconnait sur la rue.

Accent Grave

Martine a dit…

Votre monde imaginaire m’a fait penser à un exercice que je faisais avec les enfants au CP en tout début d’année lorsqu’on réfléchissait à ce que nous allions « vivre ensemble » en classe. Sur une feuille quadrillée chaque enfant décidait de « sa » case, un territoire personnel où il pouvait déposer quelque chose qui le représentait, ou écrire, ou dessiner, laisser son empreinte, à la condition toutefois de ne pas empiéter sur la case du voisin, et laisser celui-ci libre de s’exprimer, de faire ses choix. Chaque espace était original et unique. Une représentation ressemblant à un plateau de jeu où déjà on parlait de respect.

N’empêche que certains ont sans doute grandi avec plus de bagout que les autres, ont sans doute rencontré plus d’opportunités, qu’ils se croient peut-être maintenant plus talentueux, qu’ils n’ont plus suffisamment l’estime des autres pour patienter ou les aider à se hisser, oubliant qu’ils viennent du même terrain de jeu.

Accent Grave a dit…

Je savais bien que j'avais volé l'idée à quelqu'un (rire)!

Dans mon échiquier, personne n'est égal, surtout pas. Personne n'a de devoir, comme celui d'aider quelqu'un à se hisser. Cela serait vain, sans intérêt. La verticalité appartient à chacun. Talent naturel ou travail acharné? Peu importe. Honneurs reconnus ou parfaite discrétion? Peu importe.

Au CP, l'idée de cet échiquier est fort intéressante mais évidemment, dans la vie courante, celle en société, fallait pas s'attendre à des miracles.

Cependant, sur un plan individuel, dans les relations interpersonnelles, peut-être que certains enfants se souviennent de l'expérience, très intéressant.

Je trouve l'idée excellente.

Accent Grave

Jackss a dit…

Dans ton texte sur l'horizontalité tu parles de tous ces grands talents qui n'ont pas facilement de défis à la hauteur de leurs talents et leurs compétences.

Ta réflexion est très pertinente, ici comme ailleurs. Elle me fait penser à celle illustrée par l'expression Mozart assassiné. La couche est tellement mince entre la reconnaissance et son contraire.

Combien d'artistes ont failli ne jamais être connus. Que l'on pense à Beau Dommage, par exemple. C'est un peu par hasard qu'ils ont eu une chance de se faire connaître. Il en va de même pour la chanson Dégénération qu'on avait cru pas suffisamment commerciale.

Combien de visionnaires ont vu leur talent, leurs connaissances, leurs sciences reconnaître longtemps après être disparus. Mais il ne faut évidemment par perdre espoire pour autant. Le temps fini souvent par faire son oeuvre.

Ce qui est le plus difficile, c'est d'avoir un premier CV, une feuille de route, une première chance.

Évidemment, ton billet aborde un autre plan: l'échiquier ou la pyramide. Si j'ai bien compris ton idée, tu mets l'emphase sur l'importance de la personne à la même place. J'y vois une autre dimension: mettre le patron sur un pied d'estale.

J'aime bien la nuance: personne n'est sur le même pied. Il y a nécessairement des inégalités, des influences de poids différents. Mais, au plan humain, au plan des échanges, on devrait pouvoir se regarder dans les yeux sans avoir à baisser ou monter la la tête.

Je comprends qu'il faut, de part et d'autre, avoir un bon dosage d'assurance et d'humilité, si on peut dire. Il ne faut pas se prendre pour un autre et comprendre qu'on peut tous s'apporter quelque chose de fondamentale, indépendamment du niveau où nous sommes.

Il y a des patrons qui prennent tout de haut. L'inverse existe aussi. Il y a aussi des individus qu'on ne considère plus parce qu'ils sont patrons. Il y a des hommes et des femmes appréciés de tous leurs collègues qui cessent de l'être parce qu'ils sont devenus "boss".

Dans ce contexte, j'aime bien ta vision de l'échiquier.

Accent Grave a dit…

Tellement vrai!

Et combien d'autres talents, plus grands que l'on ne pourrait même l'imaginer... sont restés dans l'ombre ou pire, jamais exploités!

Être reconnu par la société en général importe peu à mes yeux. Par contre, ne jamais pouvoir mettre son talent en pratique, ça c'est un drame et ça se produit à tous les jours.

Accent Grave

Caboche a dit…

Bien que notre société nous propose des modèles hiérarchisés, basés sur le pouvoir, l’argent, la notoriété, il est possible, pour chaque individu, d’avoir une vision d’horizontalité en développant l’estime de soi et la confiance en soi.

Mais concrètement, dans le quotidien, ça demeure une lutte de tous les instants, plus difficile pour certains que pour d’autres.

P.-S. : Il y a quelques années, suite au congédiement injustifié d’une collègue de travail, j’avais écrit ce texte que j’avais affiché sur le babillard dans la salle de repos. Je crois qu’il rejoint le sujet traité ici.

Plus petit que nous.

Y a-t-il toujours plus petit que nous?
Ceux qu’on croit l’être, le sont-ils vraiment?
Nous naissons tous égaux,
Embryons dans une matrice.
Égaux aussi dans la mort.
Parcelles de poussières, dans l’urne funéraire.

Mais entre l’Alpha et l’Omega tout chavire.
Parce que la vie est un combat.
« Struggle for life ».
Et dans cette lutte pour se tailler une place,
De tout temps à travers l’Histoire,
L’Homme fut avide de pouvoir.

Il m’est impossible aujourd’hui de fermer les yeux et de me taire face à une sanction qui m’apparaît disproportionnée et inéquitable.

Je voudrais marcher la tête haute,
Et ne jamais considérer l’autre plus petit que moi.

Accent Grave a dit…

« Horizontalité, estime de soi, confiance en soi. »

Ces quelques mots retrouvés dans votre commentaire résument tout.

« et ne jamais considérer l'autre plus petit que moi »

Cette phrase aussi en dit long. Il y a le monde réel, le monde professionnel et il y a ce qui se passe entre nos deux oreilles.

Y'a moyen de penser "autrement" tout en navigant parmi les autres. La vision intérieure peut très bien nous interdire de nous voir au-dessus des autres ou au-dessous d'eux.

À mon sens, il existe diverses "hauteurs" que l'on nomme aussi "dépassement" sauf que ça se passe sur une autre case, y'a jamais deux personnes sur la même case.

Accent Grave

Pierre F. a dit…

Parcourir une vallée, au fond d'un canyon ou grimper au sommet d'une montagne est lié à la hauteur, mais surtout au bonheur d'être à l'altitude que l'on a choisi, celle qui nous enrichit. Le vrai combat n'est pas tant de se comparer aux autres, mais à celui que l'on voudrait être et en comprendre les raisons. Excellent billet qui amène beaucoup de réflexions.

Air fou a dit…

Ce billet me rejoint particulièrement. Je trouve que Caboche a raison, une lutte de chaque instant, souvent contre soi-même, d'ailleurs.

Voilà pourquoi, j'aime tant le tutoiement car il installe pour moi les conditions d'une certaine horizontalité, pour reprendre ton terme. Et voilà qu'on croit qu'en obligeant le vouvoiement à l'école on imposera le respect... Or le respect, c'est tellement plus que cela. Disons qu'on apprend à obéir et à garder sa petite place tout en bas, plutôt.

Lutte contre soi-même : parfois difficile d'avoir la juste mesure de ses propres capacités, la juste mesure de la confiance en soi. Mais la vie, c'est cela, encore comme le souligne Caboche.

Difficile à vivre : les relations personnelles doublées d'une relation hiérarchique professionnelle. pas à la portée de tous/tes.

Zed

Accent Grave a dit…

Au sujet du tutoiement, je suis en total désaccord.

Le respect est-il relié au tutoiement? Oui, dans le sens contraire où vous l'entendez. Là où le français se parle, tutoyer quelqu'un qu'on ne connaît pas c'est entrer dans sa maison sans sonner.

Qu'une commerciale me dise: « qu'est-ce que je peux faire pour toi? » suppose que l'on jouisse d'un lien particulier. Si ça ne l'est pas, notre relation sera brève. Tant qu'à y être, faudrait-il s'embrasser quand on se rencontre? Rien à voir avec l'horizontalité (notez que s'embrasser peut mener à cette position!)

Le tutuoiement est issu d'un accord tacite entre deux personnes, d'un lien privilégié, d'une familiarité voulue.

Le prof n'est pas un être supérieur, il n'est pas un intime non plus. Le prof ne doit pas tutoyer les étudiants non plus, qui eux aussi ont droit à leur espace vital.

Je n'utilise pas le "tu" avec le celui qui lave le plancher de mon bureau, sa "case" est aussi importante que la mienne. Il en sera ainsi jusqu'à ce qu'on se connaisse mieux et que nous transitions vers le "tu", ce qui survient presque toujours. Avec certaines personnes, je ne franchis pas ce pas, question de protéger ma "case".

L'horizontalité ce n'est pas ça, selon mon interprétation. Respecter quelqu'un peut vouloir dire ne pas entrer dans son intimité sans sa permission. On n'entre pas chez les gens sans y être invité, c'est simple. Le langage, grâce à ses subtilités, permet cela.

Heureusement, de telles subtilités existent dans toutes les langues, sans qu'on parle nécessairement de tutoiement. En anglais, on ne s'adresse pas à une personne qu'on ne connaît pas de la même façon qu'à un ami de longue date.

Le respect, c'est beaucoup plus que ça, je suis d'accord.

Accent Grave

Air fou a dit…

Oui, tes arguments, je les comprends.

Tu sais, cela me fait penser à l'examen que l'on corrige en partant de 0 ou de 100.

J'aime partir de 100, inclure avant d'exclure, ou si tu préfères, laisser la porte entrouverte, même si dans la réalité, il y a un système d'alarme et pas de sonnette, car justement, je suis trop distraite et je mets notre sécurité en jeu. Pourtant, je te jure que mon ton et mon regard, mon attitude, forment un duvet autour de mon « tu ». Vouvoyer des enfants et être vouvoyée, en plus par des enfants? Peux pas. Leur nez coule et ils sont tout sales, je ne résiste pas à un gros câlin. Mais je peux dire « non ». Même si je déteste avoir à faire de la discipline simplement parce que ça m'épuise. J'aime que qui est (invité) dans ma maison aille se chercher un verre dans l'armoire, cherche, même. Je suis une personne qui inclus d'abord, en général. Bof, tu sais tout ça. Ça fait 5 ans que l'on se reçoit l'un chez l'autre, qu'on est d'accord, pas d'accord, qu'on débat, que l'on se regarde virtuellement évoluer dans la vie. Tu sais tout ce que je te donnerais de mes arguments et tu sais aussi que je respecte les tiens.

Je sais pas. Peut-être une envie extrêmement forte d'inclure et d'être inclue après des années où n'importe quelle différence, n'importe quel pas pareil fut l'occasion de vivre des enfers. Je crois que j'aime que les autres sentent que je ne leur ferai pas vivre cela à moins de m'y sentir forcée.

La vie est si courte et nous sommes si éphémères. Je saute certainement des étapes par rapport au cheminement que tu décris.

Peut-être l'horizontalité que tu décris peut-elle se vivre différemment?

Et ta blague me fait penser au vouvoiement de J. Languirand avec sa conjointe..... Comme quoi! :DDD

Zed

Accent Grave a dit…

Chez moi, il se pourrait qu'il n'y ait pas de système d'alarme, pas de sonette et que la porte ne soit pas barrée. Mais j'apprécie qu'on cogne avant d'entrer.

En quoi le vouvoiement empêche-t-il quelqu'un de prendre un enfant dans ses bras? Ce lien, je ne le fais pas. Tout comme il n'y aucun lien entre l'inclusion ou l'exclusion à cause du "vous".

L'invité peut (et parfois doit) aller chercher le lait dans le frigo lui-même. La première fois cependant, il aura confirmé mon accord. Autrement, jusqu'où ira-t-il?

Et si on me tutoie, il n'y aucun drame. Il y a des pays francophones où la coutume veut qu'on tutoie l'étranger dès premier contact. Tout est dans la façon, il y en a partout des manières. Tout cela ne doit pas prendre une telle importance cependant.

Si cet aspect est si important, je me dis qu'un problème d'une autre nature existe.

On se connaît assez bien et j'en suis fort heureux. Votre silence (pour cause technique) commençait à me manquer et en dehors de l'espace public (le WEB), il en irait autrement (tutoiement), bien sûr.

De Languirand!


Vous m'ouvrez la porte, j'y entre.

Voilà un homme qui m'a vouvoyé. Je faisais la mise en ondes de son émisison à Radio Canada. Ce fut ma première job. Je le considérais déjà vieux et son émission existe encore!

Soyez assurée que ce vouvoiement ne nuisait pas à nos rapports. J'ajouterai que lorsque vous avez 18 ans et quand Languirand vous vouvoie, vous demande la permission pour ceci et pour cela, toujours avec respect mais, sans cérémonie, vous vous sentez bien, justement, vous ne ressentez aucune condescendance. Malgré notre différence d'âge, il ne s'octroyait pas le droit de me tutoyer. Moi ou Hubert Reeves, c'était pareil.

J'ai de bons souvenirs de cet homme, un très fragile, un bon bonhomme.

En studio, fallait éteindre la lumière, brûler de l'encens... etc. Il blagait. Pendant que la musique jouait il causait avec les tech. Il aimait dire mon nom sur les ondes et racontait des mensonges à mon sujet, pour le plaisir. Ce faisant, il me regardait à travers la vitre et riait à sa manière si caractéristique! Quand il oubliait d'ouvrir son micro après une pause musicale, il disait que c'était de ma faute, que je m'étais endormi!

Accent Grave

Air fou a dit…

Vient d'y avoir un débat là-dessus à R-C. Hihihi! (Bof! Trop snobinards pour moi...)


Un gars a dit que le vouvoiement était une caresse et le tutoiement une claque dans le dos. Pour moi, le tutoiement est une caresse, s'il est fait avec gentillesse et inclusion alors que le vouvoiement est une claque dans la face d'exclusion avec à la base toutes sortes de critères discriminatoires, dont l'identité sexuelle, l'âge et qui se permet un tel manque de respect, un tel mérpris, souvent!!!

Quelques questions qu'humblement (ouais-ouais) je te soumets.

Qu'est-ce qu'on fait avec les bébés et les enfants? Devrait-on leur apprendre à se vouvoyer entre eux lorsqu'ils ne se connaissent pas? (Jusqu'à quel âge est-on dans une case inférieure?)

Qu'est-ce qu'on fait avec les Kadhafi, Moubarak, Cassetrop, et nos amis de la caisse de despotes? Tu as envie de les considérer dans la même case que toi? De les respecter?

C'est rigolo car on a exactement la même vision de ce que tu appelles l'horizontalité mais deux solutions en apparence contraire, mais pas tant que cela. Car il me semble que quand on se tutoie, il faut mettre du duvet autour alors que le vouvoiement permet de mettre des poignards dans ses yeux.

Pour moi, vouvoyer est mettre à distance, tout simplement, ou tenir à distance. Si on vouvoie les profs, d'accord, ils faut qu'en retour ils fassent des même. Ce serait valable pour tout le monde au grand complet. Moins compliqué les niveaux de familiarité et les interprétations de « you ». Là, toute l'attitude compte... Et s'effacent peut-être les interprétations de respect pour les uns et de hiérarchie pour les autres.

Fichtre...

Tu sais quoi? Ce que je savoure quasiment autant que nos débats, ce sont tes lapsus... Relis-toi!

¦DDDDD

Jolie anecdote, au sujet de Jacques Languirand! Un être très spa/é/t/cial...

Zed ¦D

Accent Grave a dit…

Les bébés ne peuvent pas se vouvoyer. Un bébé ça ne parle pas.

Avec Khadafi? J’emploierais le « vous », je ne le considère pas comme un proche, je ne peux le traiter avec « familiarité », de plus, je préférerais qu'il sonne avant d'entrer.

Nous n’avons pas la même vision de l’horizontalité. Cette théorie, qui n’a rien à voir avec la pratique mais tout avec une certaine vision de l'esprit, implique que nous puissions accepter les gens (et le Monde) tel qu’il est, sans imposer sa propre philosophie ou ses valeurs.

J’arrête là car la rhétorique peut mener à des échanges sans fin et sans conclusion! On peut dire tout et son contraire.

Je me suis relu très rapidement mais n'ai pas repéré ce lapsus (quelques fautes cependant)!

Je me suis aussi souvenu qu'après quelques émissions, surtout après avoir écouté les nombreux récits au sujet de ses rencontres visant l'épanouissement de l'être (très ennuyant) il a employé le tutOÉment, pas moi. J'étais là pour réaliser son émission et je n'aurais pas voulu qu'il m'invite à la campagne! Plus tard, il fit plusieurs burn out (rire)! J'aurais peut-être dû le tutoyer!

Accent Grave

Air fou a dit…

»Accent

Les mots, l'expérience de ce qui échappe à ce que nous voulons enfermer dedans est confrontante, pour moi, en ce qu'elle force à se questionner plus profondément encore et à ne pas prendre pour acquises, des choses qui ne le sont pas.

Par exemple, le mot qui revient le plus souvent au sujet du vouvoiement, du tutoiement, est le mot respect. Se questionne-t-on pour autant sur ce que signifie ou pourrait signifier ce mot, si important et si potentiellement révolutionnaire? Pas beaucoup. On prend pour acquis que tout le monde comprend la même chose. La rhétorique utilisée autrement que pour s'entendre soi-même prononcer, met en abime le mot que nous croyons solide. L'aspect historique des mots est aussi quelque chose qui me fascine.

Parce que chaque mot se rattache à un ensemble d'expériences concrètes différentes pour chaque personne, des « savoirs » théoriques reçus, absorbés souvent naïvement, et toutes les idéologies, toutes les luttes historiques gommées derrière.

Récente, encore et souvent ridiculisée, l'utilisation du féminin et du masculin, dorénavant présents tous les deux dans le Bescherelle et dans une bonne partie du discours québécois. Pas universel comme phénomène, loin de là. Innocent pour autant? Jeter les luttes des femmes et de plus en plus d'hommes pour en arriver là? Parce que rien, en mettant tout au masculin, n'apparait A-normal?

Et entre toi et moi, rien de bien grave, je comprends ta position, je n'ai pas la vérité au sujet de la mienne. Et réglé depuis un bail! Pourtant je suis d'accord au sujet de tout ce que tu dis concernant l'horizontalité.

Si Languirand t'a tutOÉyé, il me déçoit. Déformer les sens, parler dur, est porteur de colère. On n'inclut pas dans la colère.

Foncer dans les absurdités où nous mèneraient le vouvoiement total ne force-t-il pas à se questionner sur ses raisons, au départ? Plutôt que d'autres stratégies, le ton, la manière (tu en parles un peu)...

Et ceci dit, pourquoi ramener présentement, dans le contexte actuel que nous vivons qui en est souvent un de manque de respect, selon moi, si défini sur des droits fondamentaux et non des croyances barbares ou une soit-disant hiérarchie allant de soi, souvent réclamée par des boumeurs qui avaient participé au mouvement contraire, à défaire pour refaire ensuite plus forts, les stéréotypes sexuels, certains rapports de force et de pouvoir...

Bon... Mon intention n'est certainement pas de t'embêter avec tout ça.

J'aimerais continuer à penser que ceci « Votre silence (pour cause technique) commençait à me manquer » comprenait un lapsus!!! ¦D

Amitiés, Zed

Accent Grave a dit…

M'embêter? Voyons!

J'y reviendrai. Dans ce genre d'échange, pour éviter la polarisation, faut réfléchir avant d'écrire.

Accent Grave

Air fou a dit…

Hihihi! Pendant une semaine, c'est bien ce que j'ai fait!

¦D

Accent Grave a dit…

N’accordons pas trop d’importance à ce qui n’en n’a pas. La symbolique a ses limites.

Cependant, vous touchez un point crucial, le mot respect. Ce mot ne peut être réduit à un usage particulier. Dans le cas du « vous vs tu », s’agit peut-être de politesse et d’une distance à conserver. En ce sens, le mot respect est moins en cause. Si j’avais mes lettres, j’emploierais un mot plus approprié.

Du masculin et du féminin à l’écrit. Pas très important pour moi. Le masculin incluant les deux sexes par exemple, ça ne me fait pas tiquer. J’emploie de plus en plus le masculin pour la femme (ex : auteur), rendant le mot neutre. Je réalise que ces racines sont historiques, biaisées mais difficiles à changer sans les imprégner d’un nouveau sens lui aussi temporaire. On pourrait croire qu’un mode neutre serait idéal. Les langues, comme l’allemand, qui possèdent un genre « neutre » ne simplifient rien! C’est sur le fond du texte que je porterai un jugement. Certaines langues tentent de différencier l’animal de l’humain, l’objet du vivant… etc. L’intention est toujours bonne mais la complexité et les exceptions multipliées.

L’horizontalité, c’est autre chose, une philosophie inattaquable par le flanc.

Languirand, que j’ai écouté hier soir, ne m’a pas tutoyé! Pas au travail. C’est ce que j’écrivais. À cette époque qualifiée de « cool », plusieurs auraient vouvoyé les invités mais tutoyé le jeune technicien que j’étais.

Et puis le tu, selon son emploi, selon le ton, selon le regard, selon le propos, peut revêtir divers habits. Pourquoi convaincre quiconque? On reparle de ce sujet dans le domaine scolaire. Nous connaissons des profs en faveur, d’autres contre. Je serais en faveur du vouvoiement (dans les deux sens) car la familiarisation entre profs et élèves ne fait pas défaut! Néanmoins, je sais que ce détail, comme les tableaux intelligents (sic) ou les ordinateurs portables (toujours périmés) ne changeront pas la donne. Y’a qu’un imbécile pour dire ça. Quelque chose de profond doit changer, quelque chose de philosophique, c’est de la passion, un sens de l’enseignement qui ressemblerait à une mission (une vocation?), un sens de l’apprentissage valorisé, de la part de tous… c’est à quelque chose du genre qui doit renaître. Je ne parle pas des valeurs, inchangeables à moins que des événements majeurs ne se produisent.

Je comprends vite mais faut m’expliquer longtemps. Il est bon ce lapsus. Votre silence me manquait. C’est bien dit quand même (rire)!

Accent Grave

Air fou a dit…

Le paysage est malade. Je vois l'horizon alité.

Zed ¦|